Manu Larcenet : Blast, tome 2

Une heure et 24 minutes d’entretien exceptionnel avec Manu Larcenet !

Retranscritption du café BD, Le Mans, le 08 avril 2011. Rencontre publique organisée par la librairie Bulle, interview menée par Agnès Deyzieux.

-Avant de parler de ton activité éditoriale, je te propose de revenir un court instant sur ton parcours dans la bande dessinée. Comment es-tu devenu auteur de bande dessinée ? Tu es tombé assez jeune dedans ou c’est plutôt une envie qui peu à peu s’est construite et a pris forme ? Est-ce plutôt par goût du dessin ou plutôt par envie de raconter, développer des récits ?

-J’ai découvert très tôt que je m’embêtais étant enfant et je n’aimais pas beaucoup la compagnie de mes contemporains. Je ne savais pas trop quoi faire. Un jour, mon cousin Yvan qui n’habitait pas très loin d’ici d’ailleurs, m’a montré des dessins. Il était dans une école d’art et en plus, il aimait bien la bande dessinée. Et soudain, ça m’a paru être un passe temps formidable et depuis ce jour là, je devais avoir une dizaine d’années, je dessine tous les jours. Je fais une planche par jour qu’il neige, qu’il vente… alors maintenant, avec les petits et la vie d’homme riche que je mène – oui riche, je crois qu’on peut le dire ! – c’est plus compliqué ! Je fais ça parce que c’est un langage, avant tout. Petit, je ne parlais pas, j’étais renfermé et ça, c’était le moyen de m’exprimer, tant par le dessin que par la bande dessinée…

-Comment ta carrière a-t-elle débuté ? Comment es-tu entré à Fluide Glacial ?

-C’était exactement en novembre 1994, à Fluide Glacial. J’envoyais chaque année tout ce que j’avais fait à tous les éditeurs, ça a duré une dizaine d’années, personne n’a jamais répondu ! Sauf une fois, Fluide a répondu. Ils m’ont refait travaillé trois ou quatre histoires. Après, j’y ai été tous les mois pendant une dizaine d’années.

-Tu es un auteur prolifique, tu as une bibliographie impressionnante aves des séries en solo ou en duo où tu es capable d’assumer aussi bien le rôle de scénariste que celui de dessinateur. Est-ce que tu préfères travailler seul ou à deux ? Quelle est l’avantage ou l’inconvénient de chacune des situations ?

-Après avoir un peu roulé ma bosse, j’ai fait beaucoup de collaborations. Ca s’est toujours mal terminé, à part avec une seule personne qui est Jean-Yves Ferri avec qui on fait Retour à la terre. C’est la seule personne maintenant avec qui je travaillerai parce qu’on s’entend parfaitement bien, on se connaît parfaitement. Et surtout, on a la même vision de la bande dessinée, du dessin, comment doivent être le rythme, le découpage, le texte… Donc, je pense que je ne travaillerai qu’avec lui en collaboration, c’est trop dur la collaboration…

-Si donc un scénariste vient te trouver, ce sera non ?

-Déjà, j’ai mes trucs à moi à faire qui prennent du temps… et puis, je pense que surtout quand on est dessinateur et qu’on aime bien les histoires, il faut quand même que ces histoires aient été écrites pour vous. C’est compliqué de trouver quelqu’un qui écrive bien pour vous ! Moi, j’ai de la chance, j’ai Ferri qui écrit parfaitement pour moi au point même que tout le monde oublie qu’il existe ! Ce qui est fort bon pour moi, pour ma promotion personnelle… ce qui est assez mauvais pour lui !

-En plus de ton métier d’auteur, tu as co-fondé en 1997 les éditions des Rêveurs de Runes Pourquoi as-tu eu envie de te lancer dans l’édition ? Est ce que c’était un moment où tu trouvais que l’édition de bande dessinée était sclérosée et que tu as eu envie de tenter d’autres expériences difficiles ailleurs ?

-C’était une époque drôle… J’étais à Fluide, j’y étais très bien. Mais Fluide, c’est six pages par mois. Pour moi, six pages, c’est six jours ! Tout le reste du temps, je m’imaginais mal aller me promener en forêt ou faire du jogging. Alors, je faisais d’autres trucs, mais comme personne ne voulait de moi chez les indépendants, l’Association tout ça, ils m’aimaient pas, je me suis dit, c’est un peu bête ; autant faire moi-même des livres. J’ai appelé Nicolas Lebedel. On a gardé le titre des Rêveurs qui était un fanzine à la base et on s’est dit, dans un premier temps, on va m’éditer moi, des choses que personne ne veut et puis dans un second temps, on va éditer d’autres auteurs, des jeunes ou pas jeunes, des livres qu’on ne voit plus et que personne ne réédite, des livres bien dont personne n’a voulu… Et c’est un peu comme ça que ça a démarré. On est en association 1901, ce n’est pas un passe temps, parce que c’est un plus chiant qu’un passe temps ! Mais voilà, il n’y a pas de grosses responsabilités, si on se plante, on peut imaginer se rattraper sur la distance, c’est pas un tel risque qu’il faille reculer. Par contre, on découvre des vrais auteurs, on découvre des manières de faire… Récemment, j’ai fait un livre qui n’est pas de la bande dessinée, qui n’est pas un roman, c’est un truc… un mélange. Ce genre d’expérience là, on peut difficilement les faire chez les grands éditeurs.

-Pour certains Blast peut paraitre comme un tournant dans ta carrière. On t’identifie comme un auteur de récits humoristiques, de parodies, de récits absurdes. Tu as néanmoins une facette plus intime, plus mélancolique, plus rêveuse, que certains de tes récits comme Le combat ordinaire dévoilaient déjà. Il est vrai que Blast a un aspect surprenant-avant même de parler de l’histoire- déjà par son format de 200 pages pour chacun de ces deux albums et son graphisme en noir et blanc. Tu l’as imaginé tout de suite sous cette forme quand tu en as eu l’idée ? C’est à dire aussi long, dense et noir ?

-Oui, ces trois mots là, oui ! En fait, je sortais du Combat ordinaire et la pression sans être tout à fait ouverte existait : on ne me disait pas « fais un cinquième tome » mais on me faisait comprendre tant du côté éditeur que lecteur qu’il fallait continuer dans cette voie là, faire des choses approchantes. Et moi, j’en avais un peu marre. J’avais fait quatre albums, j’avais fini mon histoire, j’avais pas du tout envie de la prolonger ou de refaire la même chose. Je me suis dit que ce qui me frustre dans Le Combat, c’est qu’il n’y a pas de noirceur. Il y a des moments plus lourds que d’autres mais il n’y a pas une vraie noirceur, une étude, pas de la maladie mentale, mais de la différence, des choses un peu intimes… Je me suis dit que c’était le bon moment. Surtout que c’est une histoire que j’avais imaginée à l’âge de 15 ans mais je n’avais pas les moyens techniques ni intellectuels de la faire. Donc, elle m’était restée en tête pendant très longtemps. J’ai trouvé que c’était le bon moment là de faire un truc qu’on ne puisse pas confondre avec rien de ce que j’avais fait avant…

-A 15 ans, c’est quand même étonnant d’avoir une idée de récit pareil, non ?

-En fait, puisqu’il faut vous raconter ma vie, j’étais un enfant assez perturbé dans l’ensemble ! Ce que je ne savais pas et ce que personne ne savait à l’époque, c’est que les enfants peuvent être atteints de dépression. Maintenant, on sait qu’il y a une forme de dépression infantile de laquelle je souffrais, mais comme ça « existait » pas, personne ne le savait. Donc, j’ai eu une enfance prise dans un immense malaise, très marquée par des idées de mort, de suicide. C’est bien longtemps après que ça a pu disparaître avec la psychanalyse mais ça m’a duré toute mon enfance et mon adolescence. Toutes les histoires que je me racontais étaient relativement dures, noires, parlant de souffrance, de différence… C’était un peu mon truc. En étant à Fluide, je pouvais difficilement explorer cette voie là, il a fallu trouver autre chose ! Mais ce n’est qu’après, après Fluide, après avoir pris confiance en moi, que j’ai pu commencer à faire Blast et même le Combat où des trucs un peu différents commençaient à sortir.


-Ton personnage principal qui porte le nom de Polza Mancini est un être qu’on appréhende d’abord par son physique particulièrement étrange et contradictoire : une tête d’oiseau sur un corps de mammouth. L’ambivalence entre la fragilité de son visage, de son regard et sa corpulence générale fait qu’il est attirant et repoussant, qu’il provoque d’emblée une empathie et une inquiétude chez le lecteur. On sent qu’il est très fort et très faible C’est une contradiction révélée et soulignée par le titre grasse carcasse : en plus du délicat jeu phonétique de l’assonance en a et de cette répétition expressive de la terminaison en asse (crasse), c’est aussi un bel oxymore ! Carcasse renvoie à la mort, au squelette, et grasse renvoie justement à l’inverse à la chair et à la vie. On peut donc se demander si Polza n’est pas une espèce de mort vivant, il est gras mais il se sent vide. C’est une véritable boule de souffrances. Il se définit lui même comme un être anormal dont l’anormalité a été construite par les autres (avec sa théorie sur la fatalité du grille pain). C’était ça ton idée, approcher au plus près d’un être qui souffre, qui se perçoit comme haï par les autres et donc qui se hait ?


-Bon, ben là tout est dit, en général, les journalistes ne comprennent que des petites bribes mais là,… c’est très juste ! Que dire d’autre ? Son aventure commence dans le premier volume quand il perd son père, il a un choc, donc il abandonne tout. Il n’a plus de mère, de père, de frère, donc il n’a plus personne à aimer ni à décevoir, plus de ceinture pour le retenir ! Comme c’est un gros type, il y va à fond, il n’a pas peur de se détruire, il ne se pose plus de question ! Peu importe les conséquences, il vit l’instant. Le Blast, c’est ça d’ailleurs, ça se passe dans le moment !

-Polza va se dévoiler peu à peu dans le récit parce qu’il y est obligé. On l’a découvert dans le tome 1 en garde à vue, il semble avoir commis une grosse bêtise, probablement tué Carole ?

-Il a fait mal à Carole, c’est tout ce qu’on sait !

-Cette garde à vue, c’est une astuce narrative intéressante : un huis clos introduit du suspens et de l’inquiétude, en même temps cela met en valeur le récit de Polza qui va permettre des échappées sous forme de flash back où peu à peu sa vie se dessine. Cette astuce de la garde à vue s’est imposée rapidement à toi, tu en as eu l’idée d’emblée ? N’est-elle pas même inséparable, concomitante à ce récit ? Ne fallait-il pas absolument cette garde à vue ?

-En fait, le récit n’était pas bon tant qu’il n’y a pas eu la garde à vue. Au début, le récit devait se passer en prison, lui dans un huis clos dans sa cellule qui devait uniquement gamberger. Ça ne marchait pas, parce que c’était déjà des choses qu’on avait un peu vues par ailleurs. Et puis, on n’est pas obligé de se parler à soi-même. En garde à vue, il est parti plutôt pour dire des choses et les autres sont partis pour l’écouter. Scénaristiquement, c’était le paradis ! Je peux lui faire faire des flash back, je peux lui faire parler de lui au présent, je peux à peu près tout lui faire faire ! Et puis surtout ça me donne une limite de temps. Les flics savent que c’est limité sur le temps, ils veulent parfois bien écouter ses circonvolutions et puis d’autres fois, ils veulent aller au fait. Et lui, il ne veut jamais aller au fait. Du coup, ça dure, ça dure… Mais il y aura forcément une fin ! On est bloqué par les 48 heures, ce qui me permet d’avoir un cadre très strict et de ne pas trop me laisser aller dans la contemplation. Je l’ai fait beaucoup dans le premier tome pour installer le personnage, maintenant il est temps d’entrer dans l’action !

-Avec ce procédé narratif du huis clos, il y a donc cette espèce de psychanalyse forcée, d’introspection forcément biaisée avec des policiers, de l’un qui raconte et de l’autre qui est forcé d’écouter, sauf que le récit est totalement subjectif, par forcément sincère. On conçoit vite que notre Polza raconte ce qu’il veut. Comme les deux flics, il est probable que le lecteur soit mené en bateau, manipulé. D’autant plus que Polza est un écrivain donc maître des mots, du discours. Mais il est possible aussi qu’au niveau au-dessus, toi aussi, tu brouilles les pistes et tu nous embrouilles, car en fait nous ne sommes pas sûrs que Polza soit un meurtrier. Un marginal surement, un fou peut être, mais un meurtrier ? Est-ce que tu ne nous fais pas croire d’emblée des choses sur Polza qui vont s’avérer ne pas être vraies ?

-Ahaha ! Alors c’est vrai que le coup du meurtrier, on ne sait pas, on sait qu’il a fait mal à Carole, on ne sait d’ailleurs que ça à la fin du tome 1. Au début du 2, elle meurt mais on n’explique pas pourquoi ni comment, on suppose qu’il a à voir avec cette mort. Visiblement, il l’a agressée mais effectivement tout ce qu’il dit est sujet à caution. Dans le droit français, on a le droit de mentir. On l’oublie souvent mais c’est inscrit dans le droit : le mensonge est une manière de se défendre tout à fait légale et légitime. On est en droit de se poser la question : est-ce qu’il ne raconte que des mensonges, est-ce que c’est tout vrai, est-ce que c’est un peu des deux ? Moi je sais, mais vous, vous ne savez pas !

-La scène fondatrice, celle qui va jeter Polza sur la route, c’est donc de voir son père mourant, ce père, qui lui aussi a une tête d’oiseau, et qui apparaît comme une vieille carcasse (là oui) d’oiseau desséché. Ils ont au moins ça en commun. Et la mort du père, c’est le signe de la libération de Polza, de la possibilité de son émancipation. Il n’a plus de garde fou, le père est mort, tout est permis ! Mais en même temps, ce père continue de se manifester plusieurs fois à lui à travers sa ressemblance avec les oiseaux, on voit que même mort, Polza ne s’en débarrasse pas pour autant ! Pourquoi avoir donné cette tête d’oiseau au père ? Est ce pour montrer cette filiation ? Le fait que tous les deux sont des marginaux, deux drôles d’oiseaux au sens figuré, des êtres bizarres, pas des humains normaux ?

-La mort de mon père, c’est un truc un peu récurrent chez moi. J’y pense constamment. Ça rejaillit dans tous les livres. Je voulais là, par esprit de bravade, dessiner mon père et je n’arrivais pas. Le corps tout maigre oui, mais le visage, ça ne marchait pas. J’étais trop dans l’affectif. Et donc, on se baladait avec mes enfants dans la campagne et au pied d’un petit muret en pierre, on trouve un crâne de pie tout blanc, tout desséché et devant cette tête de mort avec un grand nez,- avec un grand bec ! - je me suis dit pourquoi chercher à faire un vrai visage ? C’est stupide, cette tête là est beaucoup plus expressive et raconte beaucoup plus la mort que tout se que je pourrais essayer de faire. Donc, c’était un hasard, j’ai cherché pendant des semaines… avant de trouver cela !

-Mais ce n’est pas uniquement graphique comme raison ?

-J’aurais eu trop de mal à le dessiner autrement, ça touchait des trucs trop personnels. En même temps c’est toujours mon père, même avec la tête de pie !

-Mais pourquoi le père de Polza est-il ton père ?

-J’ai placé là des trucs personnels ! On voit effectivement que Polza ne se défait jamais de cette perte, même s’il n’en parle pas, il est constamment là. Et dans le prochain volume, il y aura encore des trucs avec le souvenir de son père… Je ne sais pas comment l’expliquer mieux que ça, parce que ce n’est pas intellectualisé, je trouvais ça logique, normal, c’est venu s’encastrer naturellement dans l’histoire.

-Cette possibilité d’émancipation, elle se manifeste tout d’abord à Polza par le fameux Blast. Que peux-tu nous en dire du Blast ? Est ce que la pression extérieure est si forte qu’elle brise l’intérieur de Polza ? Est-ce une implosion émotionnelle ? Comment t’es venue aussi l’idée de traduire par les dessins de tes propres enfants ce blast ?

-Y-a-t-il des gens de la police ici ? Non, Ok ! Quand on abuse de drogue ou d’alcool, il y a un moment où on a l’impression de comprendre le monde et que tout est simple ! Pour Polza, c’est quelqu’un qui est tellement gangréné depuis son enfance par cette haine de lui-même, par cette défiance des autres, que pour lui, c’est une explosion de sentiments, il a l’impression de voler, il est sorti de son corps et de sa condition… Il court après cette sensation là, ça peut lui arriver au débotté, comme ça peut venir en prenant de l’héroïne ou en se saoulant à mort. Moi, je trouve qu’en ce moment on vit un période où il est très bien vu de se faire lipposucer, se faire tatouer, se mettre des piercings partout ; par contre dès qu’on touche à l’esprit, alors là, on devient un déviant dès qu’on essaie de modifier sa perception des choses par des drogues, par l’alcool ou même par autre chose ; on passe pour quelqu’un de bizarre ou malsain. Jusqu’à preuve du contraire, il est bien plus intéressant d’agir sur son esprit que sur son corps ! J’ai l’impression de dire des banalités mais on a tendance à oublier ça ! Tu regardes la télé ou écoutes la radio, on ne parle que de santé. On a l’impression que les gens qui ne sont pas dans ce cadre là ne font plus partie de cette société. Moi j’aime bien les gens cassés, je n’aime pas les winners, toute cette propreté, on a le droit de vivre dans la crasse, de vivre défoncé, c’est tout aussi légitime que d’être employé de banque ! J’ai rien contre les employés de banque mais j’ai rien non plus contre les gens qui choisissent une espèce de facilité en s’évadant avec d’autres trucs !

-Ce qui déclenche le blast est un peu mystérieux. Au départ, ça arrive de façon incontrôlée et presque naturelle après des scènes de fortes émotions : la vision du père mourant ensuite après une espèce de coma suite à la scène avec le hibou puis de nouveau le souvenir du père associé au cadavre d’un oiseau. Ensuite, c’est de façon plus artificielle et volontaire avec les médicaments et l’héroïne. On voit bien que Polza aimerait bien contrôler ce pouvoir, convoquer cette sensation à la demande, comme un super héros qui cherche à améliorer ses pouvoirs. Je me demande d’ailleurs si Polza n’est pas un nouveau super héros dans la catégorie autodestruction ? Dans une scène, tu le montres marchant la nuit, sous une pluie battante, avec une cape qui vole (en fait une bâche qu’il a trouvée), on dirait vraiment Batman ! (cf. 65)

-Alors là, bravo ! ça me fait plaisir que tu aies vu ce clin d’œil à Batman ! Au début, je pensais que tout le monde allait le voir mais personne ne l’avait jamais remarqué ! En fait, c’est vrai qu’il y a des trucs un peu cachés pour rire… Tu as vu quand il met le TShirt de fille où est inscrit Sexy beach ! Quelle était la question au fait ? Oui, le Blast, il l’a de manière fortuite mais il peut le provoquer, il aimerait s’éterniser dans ce moment là, ne plus en sortir… On s’achemine effectivement vers une sorte de suicide du moins en superficialité.

-Polza cherche donc par tous les moyens à devenir autre, par l’alcool et la drogue mais aussi par un mode de vie. Et sa façon de vivre seul, à moitié nu, dans les bois, se nourrissant de barres de chocolat et ingurgitant des litres d’alcool et de vouloir devenir un animal fait partie de ce projet de devenir quelqu’un d’autre et presque quelque chose d’autre. Il a une fascination pour la nature, sa sauvagerie, ses autres lois. Sa rencontre avec les mange misère comme avec le fameux Jacky montre que, s’il a quelques accointances avec d’autres marginaux, il est résolument différent d’eux et ne veut pas rester en société humaine. Il ne supporte aucun arrangement, intraitable avec lui-même, il cherche à être dans l’inconfort tant matériel que moral, être dans la variation, dans la recherche permanente d’une nouvelle forme d’auto destruction sans aucune certitude de construction autre. Ce n’est pas un sujet courant de traiter ça en bande dessinée. Parce qu’au fond, la question, c’est : qu’est-ce qu’un être humain ? Est ce que le fait de vouloir abandonner les règles sociales et morales fait qu’on perd son statut d’être humain ? Comment a émergé cette idée de personnage si complexe, à la fois si réel et si romanesque ? Comment ce récit a pris corps dans ta tête ? T’es-tu inspiré de personnage réel ou de fiction qui t’ont marqué ? Comment s’est construit ce personnage ?

-Je ne sais pas très bien… En fait, on va poser comme préalable que tout ça n’est pas calculé. J’ai toute une ligne du volume 1 au 4 ou 5, une ligne qui pourrait tenir franchement en quatre phrases ! L’intérêt n’est pas dans l’histoire romanesque à rebondissement, c’était pas ça qui m’intéressait ici. Mais plutôt parler de la profondeur de ce que l’on peut ressentir en détails… j’aime beaucoup la nature et ça, ça vient de votre région ! Car mes parents nous emmenaient en Mayenne tous les étés et c’est là que j’ai découvert que la nature, c’était fabuleux ! Pour peu qu’on ne bouge pas pendant quelques minutes, on voit des choses qu’on ne pourrait même pas imaginer ! Et je voulais dessiner la nature. Il y a un auteur qui s’appelle Cosey qui dessine la nature avec un amour qu’on ne peut pas nier. On ne voit que ça et ça a été mon idole dès les premiers Jonathan. Je regardais comment il faisait pour dessiner des pierres et que ces pierres aient une âme, qu’elles aient quelque chose de réel. Et donc, j’ai voulu mettre Polza dans la nature car c’est quelque chose que je connais, j’aime aller me perdre dans les bois et je voulais qu’il se transforme un peu en animal. Il n’aime tellement pas les hommes que ça ne le dérange pas de bouffer une charogne et de se coucher dans l’herbe, dormir à côté d’une rivière. Comme il ne fait rien à moitié, il est saoul comme un cochon et peut dormir sur une berge. Et cette transformation animale, elle est assez marrante parce qu’il est comme quelqu’un qui vient de la ville et qui se rend compte qu’à la fin de l’été, il fait froid ! Donc, il est obligé de se rapprocher des maisons, au moins pour les casser et rentrer dedans et puis, il va se trouver bien avec Jacky pour passer l’hiver. C’est un type qui est un peu comme lui. Il sait qu’il ne va pas rester, qu’il ne veut pas rester mais on sent qu’il recule un petit peu peut-être sur cette histoire de haine de l’autre…

-Tu as un regard extrêmement fin, juste sur l’alcoolisme tel que le pratique Polza c'est-à-dire un alcoolisme pratiqué avec fierté et persévérance, comme un outil d’expérimentation intellectuelle, un désir de se modifier l’esprit qui va plus loin que la simple recherche d’ivresse. Sans être indiscrète, d’où te-viens cette connaissance intime de cette forme d’alcoolisme ?

-Je n’aime pas l’alcool, je ne suis pas quelqu’un du tout versé dans l’alcool ! Mais j’ai un comportement addictif avec tout : avec la bouffe, avec certaines substances, avec la famille, avec les amis… je n’arrive pas à comprendre les choses autrement qu’en étant dans l’excès. Donc, je lui ai collé un petit peu ça. Ce n’est pas que je sache ce qu’est l’alcoolisme, c’est que je sais ce qu’est la transe, une vraie bonne transe, celle où on n’est plus tout à fait soi-même…

-Il y a quand même toute une théorisation sur l’alcoolisme...
-J’ai pratiqué d’autres choses de manière intensive, toute la journée, de façon volontaire en me disant : pourquoi j’irais plutôt à une formation de maçon plutôt que d’essayer cela ? Il n’y a aucune raison. Pendant quelques années, je me suis amusé à ça. C’est une bonne expérience dont je suis sorti parce que ça m’a lassé mais je suppose qu’il est peut être très intéressant d’en mourir ! J’en ai aucune idée. J’essaie de ne pas juger. Les gens qui ne prennent pas d’anti-dépresseurs et qui se saoulent toute la journée, ils ont peut être raison d’essayer de repousser la douleur comme ça. Mais tout ça ne m’intéresse pas vraiment, ce qui m’intéresse, c’est la transe. Quand on sort de soi-même et qu’on arrive à être quelqu’un d’autre, ça c’est une expérience. On peut en dire plein de choses mais c’est enrichissant même si on se fait du mal. Il est parfois enrichissant de se faire du mal !

-Ce qui est intéressant et poétique dans le récit, c’est l’intrusion de l’univers mental ou phantasmatique de Polza sous forme de souvenirs récurrents d’images réelles vues ou des visions totalement imaginaires. Je pense au hibou qui revient sans cesse, dans la forêt mais aussi dans la ville, toujours présent à des moments clés du récit et qui fait des incursions imaginaires dans la prison. Puis, bien sur, à cette vision constante de la statue Moai de l’île de Pâques, une image obsédante et terriblement mystérieuse présente dès les premières pages du tome 1. Et que l’on va retrouver sans cesse. Alors que symbolisent-ils pour Polza ? Est ce que l’oiseau sauvage et libre et cette statue énorme, ce pourrait être une espèce de projection de Polza lui-même, de dédoublement de lui-même ? Est-ce que c’est un symbole de sa recherche d’un autre moi ?
-Là, t’as tout bien compris, c’est chiant ! Bon forcément, la taille et le poids de ces Moaï ne sont pas éloignés de Polza donc forcément il y a un écho… Je vais en juin sur l’île de Pâques, je voulais y aller l’an dernier mais il y avait des manifestations contre les touristes. Je me suis dit que ce n’était pas le bon moment pour y aller ! J’y vais donc cette année voir ces fameux Moaï qui me fascinent depuis l’enfance, je ne sais pas pourquoi. Je me rappelle avoir regardé l’émission du Commandant Cousteau et voir ces trucs incroyables qui ont traversé des siècles et qui ont une forme universelle d’être humain : un buste, un nez, un regard... En fait, ces bustes avaient des yeux faits de coraux, on en a retrouvés quelques uns mais du coup, ils sont beaucoup moins mystérieux avec ces yeux. L’histoire de l’Ile de Pâques, c’est l’histoire du monde en réduction. Les habitants de l’île ont déboisé leur propre territoire pour fabriquer ces Moaï pour les traîner, les élever… et ils ont fini par s’entretuer et par se bouffer car il n’y avait plus rien ! Plus d’arbre, plus rien à manger… Ce qui m’amuse c’est de penser qu’il y a eu un type qui probablement a coupé le dernier arbre en le sachant. Sur une si petite île (douze kilomètres sur douze), il le savait forcément ! Bon, je ne vais pas trop vous raconter, ce sera dans le volume trois !

-Tu accordes une importance considérable aux regards, par des gros plans sur les yeux, des face-à-faces silencieux et intenses. Comment peut on interpréter cette obsession du regard : de la chouette, de l’éléphant, de la statue, des flics aussi ? Est ce que c’est une forme d’ellipse, pour obliger le lecteur à réfléchir, à s’interroger sur les rapports entre les personnages ? Sur la nature de la communication ?

-Le silence, c’est un truc qu’on a négligé trop longtemps en bande dessinée, à part dans la bande dessinée japonaise. Le silence et le temps ont été escamotés dans la bande dessinée européenne. Ca parle trop, il y a des bulles à chaque case, ça devient indigeste ! Et puis, ça ne reflète pas la vie. Dans la vie, on parle 10 % du temps, tout le reste on ferme sa grande bouche ! Il y a beaucoup de choses notamment avec des inconnus qui passent par le regard, par une mimique. On aborde les gens d’abord par le regard et éventuellement par la parole. Je trouvais qu’à part quelques-uns qui utilisent le silence– comme Cosey encore- c’était quelque chose qui n’était pas fait. J’ai lu L’homme qui marche de Taniguchi, une centaine de pages d’un type qui balade son chien autour d’un pâté de maison, on peut penser que ça va être pénible ! Ben, pas du tout ! Surtout que le dessin, c’est un dessin studieux, autant dire pour moi l’antithèse même du dessin. Et pourtant, il faut le reconnaître, c’est exactement ce qu’il fallait. Ce type qui dessine le vent qui fait une case blanche avec rien dedans, juste un petit pssscchhttt. Je me dis on n’a pas utilisé ça, nous, ou très peu, dans la bande dessinée underground. Mais dans la bande dessinée grand public, ça n’existe pas, c’est quand même dommage. Je me suis donc permis une pagination de 200 pages comme une pagination de manga, je me suis permis de grandes images où je fais ce que je veux et où je m’amuse et puis je m’accorde du temps, du temps pour laisser passer les saisons, pour que les dialogues ressemblent aussi à la saison. En hiver, on ne parle pas comme en été, on n’est pas détendu, on n’est pas pareils ! Donc il faut rendre compte de ça ! Et ca se passe dans le silence que je comble par le dessin.

-Ce tome 2 s’avère encore plus violent, c’est une véritable descente aux enfers ! Tout d’abord avec le fameux Jacky Jourdain. Qui se fait appeler Saint Jacky, dans le rôle du bon samaritain pourvoyeur de drogues. Dont la rencontre va se faire sous le signe de la violence et malgré une relative connivence va continuer sous ce signe là.

-C’est des marginaux et donc c’est normal que ça se passe sous le signe de la violence !

-C’est d’ailleurs à partir de cette rencontre avec Jacky que tu introduis des passages en couleurs dans des tons rouge orangés, où on découvre Polza plus jeune dans une scène d’auto mutilation assez terrible. Pourquoi donc ce passage en couleurs ? Quel intérêt, quel sens lui accordes-tu ? Hormis que ces pages sont très belles et saisissantes !

-Tout à fait d’accord avec cette dernière analyse ! Je vais montrer au public les pages en question… Alors, normalement, il n’y a pas de couleurs dans le bouquin. C’est une scène qui se passe dans le passé. On a tendance à découvrir Polza par son passé. Or -c’est purement technique - si j’avais fait cette scène en noir et blanc, j’avais peur qu’il y ait une confusion. Dans mon obsession d’être absolument lisible et de ne pas être underground pénible, je veux qu’on comprenne parfaitement. Je voulais être sûr qu’on ne se trompe pas, qu’on soit bien dans le passé et non dans le présent. Et puis là, c’est la vanité du graphiste qui entre en jeu, je me suis fait plaisir à faire ça ! En fait, je suis très, très mauvais coloriste, ce n’est pas une modestie de ma part. Heureusement que l’ordinateur est arrivé pour me sauver ! Donc je ne maîtrise pas forcément ces scènes là, je les fais au mieux que je peux mais je pense que je sais mieux m’exprimer en noir et blanc. Ces scènes là sont loin d’être les plus réussies, mais je les aime bien. Mais si j’étais meilleur en couleurs, elles seraient mieux ! La couleur, c’est comme le dessin, ça se travaille pendant des années et moi, depuis que je suis sorti de l’école, je ne travaille que le noir et blanc dans lequel je me sens plus à l’aise.

-La violence du récit est atténuée par la voix du narrateur, qui s’exprime dans un style parfois ampoulée et surtout distancée et par certains dialogues plus relevées, incisifs, voire drôles entre les personnages. Est que ce rythme, cette atténuation du texte par rapport à l’image et au récit, c’est quelque chose de voulu, de pensé ?

-Il a fallu d’abord que je me mette à écrire de manière qui ne m’est pas naturelle. Ma manière d’écrire, c’est plutôt les dialogues, je ne suis pas trop habitué à ce style là. Alors, j’ai forcé le décalage entre le discours de Polza très théorisé, intellectualisé, analytique et des images d’un chaos total. De plus, quand on n’est pas dans une bonne période, on ne sait plus très bien ce qu’on dit, on se raconte des trucs. Il y a une frontière qui est ténue entre ce qu’on ressent aujourd’hui et ce qu’on aurait ressenti hier et demain pour la même chose. Je me suis dit que ce décalage là pouvait renforcer cette idée d’être perdu dans sa propre existence, dans son corps, dans son discours. Et il a fallu trouver un mode d’écriture. Mais je me suis bien éclaté à tenter d’écrire comme un écrivain ! Evidemment c’est un peu caricatural, j’ai pas ce talent là ...

-Oh mais Polza parle drôlement bien !

-C’est pourquoi j’en ai fait un écrivain à la base, je voulais que son discours, sa grammaire, son vocabulaire soit un peu évolué par rapport à ce que je peux écrire moi naturellement.

-Hormis l’ivresse totale, les seuls moments de grâce pour Polza, sont la contemplation de la nature et ici dans le tome 2 c’est la découverte de la musique. Est-ce que ce ne serait pas une voie nouvelle pour Polza, un peu d’espoir possible ?

-Tu veux parler de la scène du concert ?

-Oui !

-Alors je me suis peut être mal exprimé si tu l’as compris comme ça. Ce n’est pas la musique, c’est le concert…

-Oui, mais dans la description de la scène avec les guitaristes, on voit bien que c’est ce qu’il ressent qui est primordial, ce n’est pas l’ambiance ni les gens, c’est bien sur la musique qu’il est focalisé !

-Tu remarqueras qu’il fait constamment allusion aux gens, il dit les lumières s’éteignent, tout le monde se tait, il est quand même au milieu des gens pour écouter de la musique, et surtout pour écouter du rock. Le rock, le punk, c’est ce que j’aime. On parle souvent du rock comme d’une musique bien sympathique dont on pourrait bien se passer. Or moi, je n’écoute que ça et j’y trouve une richesse incroyable, j’aimerais bien qu’on arrête de parler du rock comme d’une sous-culture, il y a une vraie culture et moi, c’est une musique qui m’a ouvert aussi à d’autres musiques. Si j’écoute aussi parfois de la musique classique, c’est parce qu’avant tout j’ai écouté du punk et que l’énergie de haine et de violence qu’il y a dans certains morceaux de punk, c’est la même qu’on trouve dans des orchestres ou des solistes classiques. De même que je suis arrivé à la littérature par la bande dessinée, je suis arrivé à la musique par le punk. Il y a des chefs d’œuvre punks, des concerts incroyables où j’ai ressenti des trucs, je ne me rappelle pas avoir ressenti de telles émotions que dans des concerts qui dans X journaux (comme Télérama pour ne pas le citer) étaient traité par-dessus la jambe !

-Est-ce que ce n’est pas quand même une révélation pour Polza ? Est ce que ce n’est pas un moment de grâce pour lui ?

-Si, ce n’est pas faux ! Mais ce que je voulais exprimer aussi, c’est que quand on est dans un concert, il y a un truc extraordinaire, c’est la vibration des enceintes. Surtout, dans les gros concerts de rock, près des enceintes, on se retrouve traversé par le son et on sent le son, le rythme cardiaque change avec le tempo des morceaux. Je me disais que le confronter lui, qui est très introverti, en train de se battre avec son corps, à ça, qu’il soit traversé d’abord corporellement par la musique avant de se rendre compte de la mélodie, de l’interaction des musiciens puis de cette explosion de violence -car c’est quand même un concert de rock, ça pète ! Je voulais le confronter à ça, lui qui est calme, qui aime la nature, le silence, il trouve là quelque chose. Il dit au moment où le guitariste et le bassiste dialoguent qu’ils créent quelque chose comme un ruisseau. C’est d’ailleurs un concert que vous pouvez trouver en DVD, c’est les Red Hot Chili Peppers, dans Live at Slane Castle ! On y voit donc le bassiste et le guitariste qui font une sorte de danse de serpent, ils font un jam, une impro où ils sont tellement puissants qu’ils se parlent en musique. C’est pas préparé, pas écrit et là, quand moi j’écoute ça, je ressens quelque chose d’important et lui, il voit des gens en train de créer quelque chose qui ressemble à la nature, comme un ruisseau ou une parade de serpent.

-Tu as parfaitement bien rendu ce moment je trouve et c’est vrai qu’on reconnait bien les Red Hot et qu’on arrive à les entendre !

-Tu as remarqué toutes les scènes que j’aime bien, ça me fait plaisir ! Et alors il faut que vous le sachiez, mon attaché de presse, elle a envoyé mon album aux Red Hot Chili Peppers ! C’est parti hier, je ne sais pas si j’aurai une réponse mais ouuuuuhhhh !

-Comment travailles-tu ? Tu as dit que tu avais une trame pour l’ensemble des albums, donc pas de synopsis détaillé ni de texte écrit ?

-En fait, ça se passe à chaque fois de la même façon. Pour Le combat ordinaire, il y a deux albums que j’ai faits en totale improvisation, ça se ressentait un peu et deux que j’ai complètement écrit, et là quand tu sais ce qui va se passer, ça perd un peu de son intérêt ! Alors là, voilà ce que j’ai décidé : j’avais 200 pages, donc je fais les 100 premières pages en impro, à la centième page, j’arrête ! et j’écris absolument tout des 100 suivantes, pour que toute la première partie trouve son écho dans la deuxième. Mais j’ai quand même des cahiers d’écoliers dans lesquels j’agence les thèmes, je découpe et redécoupe dans tous les sens. Quand je passe sur ma feuille après, il n’y a quasiment pas de crayonné, j’y vais beaucoup à l’instinct. Mais, en amont, c’est très préparé. Même si c’est deux pages et que je ne sais pas ce qui se passe après, les deux pages sont découpées et je n’en bouge pas parce que pour moi, le rythme, c’est un truc qui ne se réfléchit pas quand on fait le dessin. Il doit déjà être réfléchi. Il faut que la partie écriture et découpage soient absolument intellectuelles. Donc, je fais le rythme, les dialogues et une fois que ça, c’est fait, je passe à la partie plus mystique qu’est le dessin.

-Dans certains passages, on voit que tu as gratté ou violenté ton dessin pour créer un effet de matière. Comment travailles-tu tes dessins ?

-En fait, j’ai changé plein de trucs ! Jusqu’ici je dessinais par planche, les 3 ou 4 strips avec toutes les cases, sur la même feuille. J’en ai eu tellement marre d’être enfermé dans des cases qu’ici, je dessine en grand, j’ai fait chaque dessin sur une grande feuille ! Je me suis amusé à gratter certains avec des brosses à bougie, en ferraille qui peuvent érafler le papier, l’encre. Et après je passe au deuxième stade, qui est presque aussi bien que le premier et qui me permet de revenir à ma profession première de graphiste : je prends ces dessins, je les scanne et là, je fabrique ma planche ! Je recadre, je trafique, rajoute un peu de noir ou enlève des trucs s’il faut et je construis ma planche sur ordinateur, comme un graphiste.

-Donc tu fais d’abord l’illustrateur et après le graphiste ?

-Oui, parce que j’adore les deux : et ça me permet d’être très libre en dessin et d’être très resserré en narration. Ce qui permet aussi de ne pas se lasser !

-Finalement combien de volumes prévus pour cette série ?

-J’avais dit cinq volumes à mon éditeur, en vrai, ça va être quatre, je crois ! En fait, je ne sais pas très bien encore, j’ai un dilemme : j’ai deux fins, une fin que j’aime beaucoup mais qui me prive fatalement d’un album suivant, une fin qui me plaît moins et qui imposerait un cinquième album qui pourrait être bien.

-Bon alors on va prend quatre !

-Vu ce que ça demande comme boulot et vu le fait que j’en sors pas complètement indemne, peut être que quatre serait suffisant !

-Combien de temps as-tu passé pour chacun des volumes ?

-Un an et demi pour chaque album

-Sans aucun autre projet autour ?

-Non ! Avant, j’arrivais à faire deux ou trois albums en même temps mais sur celui là, c’est impossible; ça me demande de réfléchir beaucoup, je pense aux scènes, à l’écriture, à ce qui va se passer. J’ai besoin de bosser en permanence, du soir au matin, de sorte que je deviens invivable pour ma famille, pour mes proches. Tenir 200 pages, c’est un problème, faut y penser en permanence, donc c’est usant… Je le fais maintenant, après je n’aurai plus le courage. Quand je serai un peu vieux, je préfèrerai retrouver des habitudes que de retenter un truc comme ça !

-Il y eu une très bonne réception du tome 1, avec le prix des libraires spécialisés en 2010.

-Oui, c’est gentil ! Ils ont rien voulu me donner à Angoulême, alors voilà, merci les libraires ! J’en profite pour placer mon mécontentement pour Angoulême…

-Quel type de public penses-tu avoir pour Blast ? Le public habituel et fidèle à Larcenet ? Ou un nouveau public ?

-J’ai une chance pas possible, car depuis que j’ai commencé quasiment, j’ai un noyau de gens qui suivent à peu près tout ce que je fais. Ce qui me permet d’être tranquille avec moi-même et surtout d’être tranquille avec les éditeurs, d’obtenir d’eux une liberté très grande liberté. Ils sont ainsi persuadés que si on fait un truc, on peut à peu près en vendre 5000 exemplaires.

-Tu as donc 5000 fidèles !

-En gros, oui ! C’est un peu prétentieux de dire ça mais je leur dois beaucoup. Presque toute la liberté que j’ai acquise, c’est grâce à ces gens là. Visiblement, en plus, ils en parlent autour d’eux et qui font que d’autres gens s’y mettent. Puis vient se greffer là-dessus comme pour Le retour à la terre ou Le combat ordinaire, soudain un public féminin- un mystère ! Là avec Blast, je retrouve un public plutôt masculin, dommage… Non, parce que les dédicaces depuis 10 ans avec les mecs, c’est sympa mais ça sent un peu le renfermé… Avec Blast, j’ai un lectorat plus âgé qui trouve un écho à ses préoccupations. Ce n’est pas de la bande dessinée pour adolescents, ça peut, mais ce n’est pas exclusivement cela !

-Tu as apparemment de bons rapports avec ton éditeur ?

-Oui, là j’ai de la chance !

-Est-ce qu’il intervient régulièrement dans ton travail ? Dois-tu envoyer des planches ? Le tenir au courant de ce que tu fais ?

-Comme une partie du public m’a rendu bankable, je suis en état d’imposer qu’on ne regarde pas par-dessus mon épaule quand je fais quelque chose ! .Ca ne veut pas dire que quand je les amène, je ne change pas des pages. Si on me dit, ça je ne comprends pas, on en discute et je change. Mais, je ne montre plus rien pendant que je travaille. Chacun son travail, un éditeur, c’est un éditeur, c’est un boulot que je ne pourrais pas et ne saurais pas faire et un auteur est un autre métier ! Essayons de ne pas trop nous mélanger ! Je leur laisse faire la partie édition, en échange, moi, on me laisse faire la partie artistique. Encore une fois, c’est un luxe que peu d’auteurs ont en bande dessinée. Quand un éditeur met trop son nez, ça fait un livre moyen.

-Tu trouves qu’il n’y a pas d’éditeur capable de guider l’auteur ?

-Il y avait des éditeurs–auteurs capables de ça. Le dernier, c’était Guy Vidal, un type extraordinaire qui avait scénarisé et qui savait manier un auteur. Mais c’est rare, encore une fois, quand un éditeur met trop son nez, ça fait un livre moyen. Je suis parti de plein de maisons d’éditions à cause de ça ! Chez Dargaud, on me fait assez confiance. Ils ne m’ont pas dit qu’ils prendraient tout ! Ils m’ont dit qu’ils prendraient quand ça leur plairait. Pour l’instant, j’ai de la chance, ils ont tout pris !

Questions du public

-Tu as un lectorat moins féminin pour Blast. Mais il n’y a pas beaucoup de place pour les femmes dans ce livre !?

-Oui, c’est vrai ! La seule place, t’as vu laquelle c’est ? Et quand tu auras lu le deuxième… ! Je suis parti dans le milieu des marginaux et, c’est pas qu’il n’y ait pas de femmes marginales, mais la violence que je voulais décrire est essentiellement une violence d’hommes ! Donc il n’ya presque pas de femmes mais c’est aussi en prévision des deux prochains tomes où là, la femme va prendre une place prédominante. Il va y avoir des femmes et pour une vraie raison, ce ne sera pas pour faire joli ! C’est vrai que je leur ai réservé un sale sort, aux deux gonzesses sur les deux premiers tomes, ça se passe pas bien, une qui meurt, l’autre qui est quittée et une troisième, je ne peux pas vous le dévoiler, si vous n’avez pas encore lu le tome 2 !

-Dans Le combat ordinaire, il y a pas mal de crises d’angoisse. Vu la manière dont tu en parles, c’est clair que tu en as fait. Est-ce que le blast, c’est ce qui t’as permis de compenser ces crises d’angoisses ? Le blast et la crise d’angoisse, ce sont deux choses que je ressens et que je connais bien. Est-ce que Blast fait partie des choses qui t’ont guéri ?

-Non, un livre, ce n’est pas une analyse ni une catharsis, c’est un travail ! Je suis en analyse depuis près de 25 ans, et ça, ça m’a aidé, honnêtement, ça plus être médicamenté. Ca m’a sauvé parce qu’au bout de 20 ans de souffrance, on a envie que ça s’arrête, le seul moyen c’était à peu près de mourir. Par le plus grand des hasards, j’ai été un peu contraint de faire une analyse et j’ai commencé à aller mieux et j’ai commencé à voir le monde. Raconter ça dans un livre, ça m’intéresse. Si je racontais le livre sans savoir ce qui m’est arrivé, je livrerai un fatras de trucs sans doute intimes mais ce serait un chaos. Le livre permet d’ordonner les choses, ça ne m’aide pas mais c’est juste que j’ai envie de le raconter. Je trouve que c’est des sujets qui ne sont pas abordés. La crise d’angoisse, il ya des gens qui ne savent pas ce que c’est, ils en ont et ils pensent que c’est un malaise vagal qui se soigne avec du calcium ! Ce sont des sujets qui m’ont touché et ce, pendant toute mon enfance, ce qui est bien marquant. Donc, je pense qu’il faut en parler, que ceux qui sont comme moi se reconnaissent et que les autres se disent, ça peut être ça aussi. Mais en aucun cas, ça m’aide ou ça m’enfonce de faire un livre, c’est juste de rendre compte. Le fait de faire un livre, c’est important parce que c’est un langage. J’ai du mal à m’exprimer verbalement donc je m’exprime par le livre.

-Merci beaucoup parce que pour moi, vos livres ont été importants par rapport à la découverte de cette pathologie là.

-Tu sais, le plus grand nombre de choses dont on m’a parlé sur Le Combat ordinaire, c’est des crises d’angoisse. Alors que ça n’arrive que trois ou quatre fois dans les quatre tomes. Et c’est la chose dont on m’a le plus parlé ! ça montre bien qu’il y a un truc avec ce symptôme qui est mystérieux encore.

-Oui, mais c’est super puissant dans Le Combat ordinaire !

-Pourtant ce ne sont que quatre cases ! Mais ce sont celles qui ont le plus marqué les gens, ce qui montre qu’il y a un manque d’informations là-dessus et qu’on ne traite jamais ce sujet ni en film ni en livre. Je me rappelle avoir été fasciné par la série les Soprano, parce que dès les premiers épisodes, le mafieux fait des crises d’angoisse. Je me suis dit enfin on en parle, je vois ça à la télé. Je trouvais que c’était bien, que c’était un sujet qu’on ne voyait nulle part !

-Tu vas te reposer après Blast ?

-Mon but après Blast, c’est de refaire de l’humour, ça fait bien longtemps que je n’ai pas fait d’humour tout seul. Je me lancerai dans un truc d’humour, soit un gros one shot soit une petite série. Ce n’est pas tant que ce soit reposant, c’est que ça me reposera des préoccupations de Blast. Mais en fait, me reposer, non, je ne sais faire que ça, de la bande dessinée, je me fais chier quand je me repose !

-Tu écoutes beaucoup de musique en travaillant. Est-ce que ça change ta façon de travailler ?

-Je vis dans une période affreuse car je vieillis comme tout un chacun et j’atteins maintenant un âge canonique… et je me suis aperçu récemment que, quand j’écoutais de la musique, je l’écoutais vraiment, je n’arrivais plus à en mettre en fond sonore, alors qu’avant je travaillais constamment en musique. Et c’est vrai que vu ce que j’écoute en plus, c’est assez rapide, assez violent, du coup ça influençait mes dessins, ça influençait même l’envie d’aller vite, l’envie pas de bâcler mais de laisser passer quelques accidents. Et puis en vieillissant, je me suis dit, faut que je m’améliore ! Y a pas moyen, faut être concentré et dès que j’écoute de la musique, ça me déconcentre. Donc maintenant, soit je dessine dans le plus grand silence soit je m’assois dans un fauteuil et j’écoute un album ! sans bouger, sans rien faire, d’un bout à l’autre ! C’est vrai qu’avant la musique m’influençait dans mon dessin, et que mes dessins ressemblent à la musique que j’écoute ! Mais à présent je ne mélange plus !

-Une question qui m’intéresse vachement, qu’est-ce que vous avez suivi comme études pour devenir dessinateur de bande dessinée ?

-Je vais te raconter ma vie car je sens que tu es avide !!! Alors, j’arrive en sixième en étant vraiment pas un bon élève et là, je rencontre un professeur de dessin qui repère en classe qu’on est 4 ou5 à aimer ça, le dessin et il nous propose gratuitement de nous donner des cours tous les mardi pour qu’on prépare les concours des grandes écoles. On fait ça pendant 4 ans et en échange, il nous demandait de bien travailler, d’avoir la moyenne partout. Il était pas con ! Donc, il nous faisait travailler vraiment le dessin, on a appris tout ce qu’il fallait pour présenter les concours, les ellipses, les perspectives, tout ce qu’on apprend pas normalement à l’école…Et j’ai réussi à tenir la moyenne dans les autres matières comme il nous l’avait demandé, je ne sais par quel miracle. Je me suis présenté au lycée de Sèvres pour préparer un bac F12 c'est-à-dire pratiquement que des arts graphiques, du dessin technique au dessin de nu, en passant par la poterie et la tapisserie ! Après j’ai fait les Arts appliqués, soit 5 ans d’école purement de dessin et j’ai appris là-dedans des choses incroyables en particulier l’histoire de l’art qui est un domaine très important. Il faut apprendre, c’est possible d’apprendre tout seul aussi. Moi, j’ai eu la chance de rencontrer ce prof qui nous a mis sur la voie des écoles spécialisées en dessin. Donc après le bac F12, un BTS communication visuelle, option image de communication. En fait, ça m’a fait aimer l’école ! Tu enchainais un cours de photo sur un cours de nu, après un cours de dessin technique… c’était le paradis ! Il faut se plonger à fond dans ces études, c’est un autre monde que celui de l’école habituelle, c’est génial !

-Mais alors comment vous est venu le gout de la bande dessinée ?

-Je fais de la bande dessinée depuis petit parce que je m’ennuyais et que ça me permettait de m’exprimer. Je dessinais tout le temps, c’était une vraie passion ! Ensuite la technique, je l’ai apprise à l’école. Les codes, je les connaissais à fond et d’ailleurs j’ai du mal à croire qu’on puisse apprendre la bande dessinée. Avec mon frère, on ne lisait rien d’autre que de la bande dessinée, ma mère nous prenait à la bibliothèque des bandes dessinées et ça, on les lisait ! En fait, j’ai appris à lire avec la bande dessinée. Pour devenir écrivain, il faut avoir lu. L’école, ça aide pour plein de connaissances, mais le noyau dur de l’envie, il ne se trouve pas à l’école !

-Que sont devenues toutes les bandes dessinées de votre enfance ?

-Elles ont été jetées à la poubelle ! Mon truc, c’est qu’au bout d’un an ou deux, je renie tout ce que j’ai fait et je jette tout ! Maintenant, c’est compliqué, car je sais que certains dessins ont une valeur marchande… !!! Le but au début, c’était de passer le temps, passer une heure à penser à autre chose que la peur de la vie, pas de faire un livre ou de les garder !

-Pourquoi gardes-tu alors les dessins de tes enfants ?

-Parce qu’ils sont magnifiques ! Et que je suis incapable de faire ça ! C’est ce que j’aimerais… enfin, il y a eu un moment où j’aurais bien voulu être peintre, sauf qu’il se trouve que je suis une merde en peinture, j’ai donc pas pu. J’ai eu l’occasion de travailler dans un hôpital psychiatrique et d’observer les dessins des malades et c’est aussi passionnant que ceux des enfants. Ce sont des dessins qui n’ont pas de codes. J’ai arrêté de collectionner les dessins de mes enfants à partir du moment où ils ont commencé à représenter quelque chose de très visuel et de très commun à tous les enfants. A partir du moment où ils font une tête ronde avec un sourire, c’est fini ! Ils apprennent à dessiner, c’est très bien, c’est dans le développement, mais pour moi, l’intérêt graphique est perdu ! J’ai une commode entière de leurs dessins, car je suis incapable de faire ça. Moi, j’ai des tics de dessins dont je ne peux pas me défaire, après 40 ans de dessin, c’est impossible ! Même si je me vide le crâne, ma main a pris des tournants, elle sait faire un beau trait et cette conne de main, je lui dis fais un moche trait, elle fait toujours un beau trait !

-Et bien t’as qu’à dessiner avec la main gauche !

-Et bien figure toi que je l’ai fait dans certaines cases de Blast ! Pour provoquer l’accident ! Regarde par exemple page 133, case deux, le décor est fait à la main gauche. Il y a plein de buissons que j’ai faits à la main gauche, parce qu’avec la main droite au bout de 15 pages, ils étaient toujours pareils ! Tu dessines une herbe avec la main droite, le problème, c’est que c’est toujours la même herbe ! Avec la main gauche, c’est une autre herbe ! C’est comme si tu imitais la variété de la nature ! Qu’est-ce qui est beau dans un trait ? C’est l’accident, ce n’est pas qu’il soit parfait. J’avais auparavant commencé à prendre le stylo différemment, d’une façon que je ne maîtrise pas, exprès. Quand j’ai commencé à m’habituer à ça, je suis passé à la main gauche. L’idéal serait que le trait soit un accident presque tout le temps ! Quand on devient trop bon dans un geste, il faut l’abandonner… à moins de vouloir en faire un fond de commerce !

-Et de la part de vos parents par rapport au dessin, vous avez eu un soutien ou une indifférence ? Comment ça s’est passé ?

-Et bien, le même prof qui nous a donnés des cours gratuits en échange de nos bonnes notes en maths, il convoquait nos parents. Il a fait aux miens un truc extraordinaire. Quand j’ai dit à mes parents que je voulais faire du dessin… Pour eux le dessin, c’était Van Gogh. Ils se sont dit, il va crever la dalle comme tout parent normalement constitué quand leur enfant leur annonce qu’il veut être chanteur ou je ne sais pas quoi. Donc, ce prof a eu mes parents en face de lui, assez réticents. Il a pris son stylo, un beau stylo plume, il l’a démonté et il a bien posé devant lui tous les composants, au moins une dizaine de pièces. Et il a dit à mes parents : regardez, chaque pièce a été dessinée à la main, à l’époque, il n’ya avait pas d’ordi. Puis après il a étendu la démonstration à l’immeuble, et puis il s’est mis à énumérer le nombre incroyable de corps de métiers où on utilise le dessin et évidemment pas dans le sens artistique du terme. Mes parents sont sortis de là absolument convaincus qu’il ya aurait des débouchés. En plus, c’était les années 80, l’explosion de la pub et de ces conneries-là, bref du boulot à la pelle pour tous les mecs qui dessinaient. Cet entretien là a été décisif, mes parents ont dit OK ! Ce prof é été extraordinaire pour vulgariser une idée difficile à exprimer, que tout est dessiné à un moment, j’ai trouvé ça beau ! Mes parents et ceux des trois autres qui étaient avec moi ont tous étaient d’accord alors qu’ils étaient plutôt réticents. C’est une belle manière d’amener à comprendre que lorsqu’on pense dessin, il ne faut pas penser que Van Gogh et art, mais architecture, design d’intérieur… Je regrette de ne pas l’avoir plus remercié ce prof car il est mort ensuite assez vite mais il a fait beaucoup pour moi.

-Que sont devenus vos amis ?

-Beaucoup sont dans la pub. Quasiment tous ceux qui ont été aux Arts appliqués avec moi sont restés dans le domaine de la publicité, illustrateur ou concepteur de campagne et font des métiers pourris parce que c’est un métier pourri la pub ! Ca paye bien mais c’est pourri ! Moi, je n’avais pas envie de faire ça, dès le début !

-Alors pour la sortie du dernier Blast, tu reviendras au Mans ?

-Deux paramètres importants à connaître : mon attaché de presse Hélène Werlé qui est une femme de toute beauté-ce qui ne gâche rien-et qui est vachement sympa et moi-même, nous aimons beaucoup ce que fait cet homme là (il désigne Samuel, notre libraire préféré). Il y a quelque temps, on était passé à l’abbaye de l’Epau, un très beau bâtiment qui était rempli pour l’occasion. Peut être certains étaient là ? Et je me suis dit qu’on fêterait la fin de Blast ici. La première fois c’était génial, et là vous êtes venu en masse ! Il faut vraiment que je revienne ! Merci à vous !